L'Express

15.10.2009
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"La Turquie veut normaliser ses relations avec l'Arménie"
Par Jean-Michel Demetz, Christian Makarian

Le président arménien se rend ce mercredi en Turquie pour une visite historique. Une nouvelle étape de la réconciliation entre les deux pays. Le président turc, Abdullah Gül, évoque pour L'Express cette normalisation en cours.

La Turquie et l'Arménie ont signé deux protocoles à Zurich, le 10 octobre, sous l'égide de représentants étrangers, américains, russes et européens. Est-ce le signe que le déblocage du contentieux n'a été rendu possible que grâce aux pressions internationales?

Il n'y a eu aucune pression étrangère. Notre politique vise à apporter la stabilité et la sécurité dans cette région, à entretenir de bonnes relations avec nos voisins et à résoudre les problèmes qui étaient restés au placard. Cela dit, nous sommes reconnaissants envers ceux qui nous ont aidés à établir ce processus.

Quel a été le facteur de déblocage?

Si le Caucase connaît la sécurité, il connaîtra la stabilité, et, partant, le développement et la prospérité. La période des guerres froides est achevée. Tout le monde veut satisfaire ses propres populations et s'engager sur la voie de la coopération. Par ailleurs, les conflits endormis peuvent s'enflammer à tout moment: on l'a vu entre la Géorgie et la Russie. Les problèmes du Caucase doivent être résolus.

A quelle date la frontière turco-arménienne sera-t-elle ouverte?

Il faut maintenant que les parlements approuvent les protocoles signés par les ministres des Affaires étrangères. Comme dit un proverbe turc: "Une bonne volonté débouche toujours sur un bon résultat." J'espère que tout le monde fera preuve de bonne volonté.

Qu'appelle-t-on l'ouverture des frontières?

L'objectif est la normalisation sur tous les points.

Comme entre la Turquie et la Grèce?

Beaucoup plus encore! Notre projet de Forum pour la paix, la coopération et la stabilité du Caucase, s'adresse également à l'Arménie.

Quelles concessions la Turquie a-t-elle consenties dans ces protocoles?

Je ne veux pas penser en ces termes car sinon on n'arrivera jamais à avoir la paix. Il faut avoir une vision à long terme et à grande échelle.

Mais les protocoles gèlent de fait le statu quo au Haut-Karabagh, où demeurent des troupes arméniennes... N'est-ce pas là la concession d'Ankara?

Qu'un pays occupe militairement le territoire d'un autre pays est une chose que personne ne devrait accepter. Donc il faut régler cette question par le dialogue. Je le répète: élargissons notre vision! Pourquoi l'Arménie et l'Azerbaïdjan ne pourraient-ils pas améliorer leurs relations?

La diaspora arménienne est indignée par ces protocoles à cause de la non-mention du génocide de 1915. La république d'Arménie compte 3 millions d'habitants. Les protocoles ne sont-ils pas d'emblée affaiblis?

Il ne m'appartient pas de me prononcer sur les différends internes aux Arméniens. Mais je veux lancer un appel à la coopération. Les Arméniens qui vivent en France sont loin de l'Arménie.

S'ils veulent apporter leur soutien aux Arméniens d'Arménie, ils doivent soutenir le processus. Je ne voudrais pas le dire, mais il est aisé de mener une vie confortable à Washington ou à Paris sans se soucier du sort de ses frères en Arménie!
Si l'on vivait sans cesse sur le souvenir des hostilités passées, jamais la France et l'Allemagne ne se seraient réconciliées. Et l'Europe n'avancerait pas vers l'unité comme elle le fait aujourd'hui.

La Turquie fera-t-elle preuve d'une nouvelle ouverture sur la question historique du génocide?

Nous avons des interprétations divergentes sur ces événements. Mais nous montrons notre confiance en nous en ouvrant nos archives, y compris militaires. Laissons une commission d'historiens, même ouverte à des spécialistes issus de pays tiers, travailler sur cette histoire. Nous reconnaîtrons ses conclusions.

Certaines voix en Europe voudraient désormais conditionner l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne au règlement de la question du génocide arménien. Quelle est votre réaction?

Ce n'est pas du tout à l'ordre du jour. D'ailleurs, en menant notre politique vis-à-vis de l'Arménie, nous n'avons absolument pas l'Union européenne en tête.

 

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