Tv 5

14.10.2009
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XAIVER LAMBRECTS: (Présentateur TV5 MONDE): Bienvenue à tous ! Internationales reçoit ce dimanche le Président Turc Abdullah Gül. Monsieur le Président bonjour ! Et merci de nous accueillir chez vous puisque nous sommes ici à l'ambassade de Turquie en France. Alors, pour vous interrogez avec moi Bruno Daroux de « Radio France Internationales (RFI) »
BRUNO DAROUX: Bonjour!

XAIVER LAMBRECHTS: Et Nicolas Boursier du journal « Le Monde ». Monsieur le Président je vous présente d'abord en deux-trois mots où vous avez une formation d'économiste, vous avez été entre autre député, premier ministre pendant quelque mois, fin 2002 début 2003, et pendant quatre ans Ministre des Affaires Etrangères et vous avez été élu président de la République par le parlement turc en août 2007. Alors vous êtes cette semaine en France en visite à l'occasion, entre autre de la saison de la Turquie en France, c'est 400 événements culturels et scientifiques parmi lesquels la grande exposition « De Byzance à Istanbul », un pont entre deux continents. On en reparlera de cette notion de pont, ça ce passe au Grand Palais à Paris et puis une saison de la Turquie, qui a commencé le 4 juillet et qui se prolongera jusqu'au 31 mars 2010. Alors, les français en général connaissent assez mal la Turquie ! Alors Monsieur le président, est-ce que vous pensez que ce genre d'événement culturel peut rapprocher la France de la Turquie ?

ABDULLAH GÜL: Vous avez très bien résumé en fait, ce qui est fait, ce qui est en cours, c'est une saison qui a été décidé en 2006 de faire ainsi une saison turque en France. À l'époque, il y avait déjà un printemps français en Turquie, il y avait donc une série d'activités culturelles françaises en Turquie et c'est là qu'on a pensé aussi faire un travail semblable en France avec le soutien du Président Sarkozy qui a pris en charge ce dossier. Nous avons donc lancé le projet et j'aimerai dire avec grande satisfaction, qu'il ne s'agit pas simplement ici de présenter l'héritage historique de la Turquie, mais également la face moderne de la Turquie, ses arts modernes, ses activités culturelles qui sont présentées au peuple Turc de la meilleure façon et j'en suis très heureux.

XAIVER LAMBRECHTS: Monsieur le président, les relations entre la France et la Turquie sont dominées ces derniers temps par la question de l'entrée ou non de la Turquie dans l'Union Européenne. La France et l'Allemagne y sont opposées, alors quand vous êtes en face du Président Sarkozy, qu'est-ce que vous lui dites pour le convaincre de laisser la Turquie rentrer dans l'Union Européenne ?

ABDULLAH GÜL: En réalité, la relation de la Turquie avec l'Union Européenne remonte jusqu'aux années 60. À l'époque, c'est le Général de Gaulle qui avait lancé le premier cette idée et on a fait beaucoup de progrès depuis et en 2005 on a décidé de commencer les négociations d'adhésions qui ont commencé, il y a plusieurs chapitres qui sont ouverts et les négociations se poursuivent. Alors bien sûre de temps en temps les pays membres peuvent avoir des approches différentes et la France à l'heure actuelle a beaucoup d'hésitation, je le vois. Moi, la façon dont j'aborde ce problème est le suivant : Pour un pays qui a commencé les négociations d'adhésions, il faut voir qu'est ce qu'il fait. En fait, le pays qui a commencé à négocier reprend l'acquit communautaire européen dans son propre pays. Donc après tout, c'est nous qui devons travailler, c'est la Turquie qui travaille dans ce domaine. Nous allons élever toutes nos normes, aux normes de l'Union Européenne, nous allons essayer d'arriver à cela et donc c'est cela qui nous occupe en ce moment. Les sujets qui sont discutables ou les approches un peu différentes, je ne pense pas que c'est utile d'en débattre aujourd'hui, pourquoi ? Parce que, ça ne risque au contraire d'approfondir les divergences, au lieu de cela, moi je préfère dire que la Turquie devrait réussir ce processus de transformation et dans la mesure que la Turquie va beaucoup changer pendant les négociations. Parce que le processus de négociation, c'est un processus où le pays candidat se transforme, donc moi, je pense qu'il faut attendre que ce processus se complète. Une fois que ce processus sera complété, la Turquie à ce moment là sera très différente de la Turquie d'aujourd'hui. Alors, il faut voir la Turquie à ce moment là, c'est à ce moment là que la France, l'Autriche, l'Allemagne ou d'autres pays européens ou à la fois les citoyens des pays membres ou les politologues de ces pays membres vont analyser, décider en fonction de la Turquie de ce moment là. Donc, plutôt que de discuter, d'aborder les divergences, pour moi ce qui est important, c'est que la Turquie progresse et j'espère que toutes ces activités culturelles, ces activités économiques vont pouvoir montrer de la meilleure façon, le potentiel de la Turquie, la véritable face de la Turquie. Je pense que ça va changer et faire évoluer les opinions.

BRUNO DAROUX: Monsieur le Président, vous parlez d'hésitation en fait de la position française, mais en fait on peut parler d'opposition à l'entrer de la Turquie à l'Union Européenne, le Président Sarkozy l'a dit très clairement depuis la compagne électorale de 2007, il l'a répété à plusieurs reprises, la chancelière Angela Merkel qui vient d'être réélue est sur la même ligne que la France. Si on sait que les deux pays France et Allemagne jouent un rôle très important au sein de l'Union Européenne, alors avec les deux poids lourds qui disent « non » à l'entrer de la Turquie au sein de l'Union Européenne, la tâche s'annonce très très difficile pour votre pays.

ABDULLAH GÜL: En fait, bien sûre il y a des gens qui s'opposent en Europe à l'entrée de la Turquie et d'autres pays qui disent « oui » aussi et par rapport à ceux qui disent « non », il y a aussi des voies très valeureuses qui au sein de l'Europe s'opposent à ce discours là. Mais ça, c'est la situation conjoncturelle d'aujourd'hui, ce sont des réflexions d'aujourd'hui. Mais, il ne faut pas oublier une chose, c'est qu'il y a aussi les accords juridiques, la situation juridique. Tous les pays membres de l'Union Européenne ont voté à l'unanimité, le lancement des négociations de l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne et ces négociations se poursuivent. Par conséquent, si ces négociations s'achèvent avec succès, à ce moment là l'affaire n'est pas terminée pour autant. La France et l'Autriche… des pays comme la France et l'Autriche vont, même si la Turquie remplie totalement les critères de l'Union Européenne, ont déjà annoncé qu'ils allaient faire un référendum sur l'entrée de la Turquie. Donc, il n'y a pas lieu d'hésiter, de toute façon la décision finale appartiendra au peuple français. Le peuple français en évaluant la Turquie de ce moment là, d'une Turquie qui aura accompli les négociations, s'ils souhaitent que cette Turquie ne soit pas membre de l'Union Européenne, elle le dira et nous accepterons ça avec respect. Qu'elle dise « oui » ou qu'elle dise « non ». Et moi je répète d'ailleurs, peut-être que ce jour là même le peuple Turc va peut-être dire « non », comme la Norvège l'a fait, peut-être que ce jour là, c'est le peuple Turc qui dira « je veux continuer en étant en dehors de l'Union Européenne ». Mais, ce que j'essaye de dire, tous ça ce ne sont pas des questions qu'il faut décider dés d'aujourd'hui, c'est des questions qu'on décidera ce jour-là mais on ne sait pas quand ça arrivera. Donc, par conséquent, ça dépendra aussi de la performance de la Turquie, si la Turquie a élevé toutes ses normes démocratiques, économiques dans tous les domaines au niveau de l'Union Européenne, si elle reprend l'ensemble de l'acquit communautaire de la meilleure façon, à ce moment là, la commission dira que la Turquie est prête, c'est à ce moment là que ces questions seront à l'ordre du jour. Mais, il y a un point important, c'est pour que la Turquie puisse réaliser ces transformations, il faut que tout le monde respecte les signatures qui ont été apposées et que cela ce passe sur une base juridique, que tout le monde agisse de façon respectable et qui tienne son attitude de façon correcte.

NICOLAS BOURSIER: Je voudrais revenir sur la saison de la Turquie, c'est assez symptomatique des relations Franco-Turques. Vous pouviez en inauguration en grande pompe où vous avez mis beaucoup d'argent sur cette saison là et visiblement de la politique française, on est plutôt dans l'anonymat, on ne se présente pas beaucoup auprès de vous, deux ministres sont venus au diner avec les fris pour votre accueille, la relation avec Sarkozy on la connaît, la visite du Grand Palais ne dure qu'une demi heure, est-ce que vous êtes déçu ?

ABDULLAH GÜL: Non, non, je n'avais pas des attentes trop élevées. Mais, mon objectif est très clair, moi je suis ici pour montrer la véritable face de la Turquie au peuple français. C'est pour cela que je suis là et par rapport à cela, il y a 400 cents activités culturelles très importantes qui se déroulent dans le cadre de cette saison, il y a eu le café Turc au Louvre, il y a eu 30 000 personnes qui sont passées par ce stand, qui sont allées là et qui ont bu du café, c'est un chiffre important, ce qui est important, c'est que les activités puissent se réaliser. Par ailleurs, je dois dire avec grande satisfaction que c'est aussi bien l'Etat français, que les entreprises françaises ont aussi suffisamment financé ces activités. Donc, il n'y a pas de problème à ce niveau là, à vrai dire moi je ne suis absolument pas déçu, bien au contraire…J'apprécie jusqu'à maintenant et dans le cadre de ces activités culturelles, je crois que c'est l'un des meilleures qui a été faites jusqu'à maintenant et hier à l'IFRI on a eu une très belle réunion. Il y a eu des personnalités éminentes françaises qui étaient présentes. Moi, je n'ai pas du tout l'objectif de voir que les hommes politiques, moi je veux aussi m'adresser aux intellectuels français, aux écrivains et quand je regarde les personnalités présentes, il y avait des personnalités tout à fait éminentes et moi je suis très satisfait.
XAIVER LAMBRECHTS: Monsieur le président, est-ce que vous vous sentez Européen ? Vous êtes né dans la partie orientale de la Turquie, mais est-ce que vous vous sentez Européen ?

ABDULLAH GÜL: En fait, une telle question, si vous la posée à beaucoup de personne en Europe, ils vous donneront des réponses très différentes. "C'est quoi l'Europe?", c'est à ça qu'il faut d'abord regarder, je dois dire avec beaucoup de confiance que la Turquie est au milieu de l'Europe depuis des siècles, ça fait 6 ans qu'elle est au milieu, six siècles qu'elle est au milieu de l'Europe, c'est une réalité historique. Moi je suis ici à l'hôtel Ritz et le directeur de l'hôtel m'a montré un document d'archive datant de 1700 et à l'époque, l'ambassadeur turc était venu à Paris et le Palais, devant l'hôtel il y avait une grande cérémonie et le roi de France à l'époque, ses généraux étaient là et avaient accueilli avec grande pompe l'arrivée de l'ambassadeur de Turquie, il a raconté ça comme un grand événement, mais ça ce sont des réalités historiques. La Turquie a aussi des terres en Asie et elle a aussi des terres en Europe. Si vous regardez d'un point de vue géographique, il y a des pays beaucoup plus éloignés, une heure plus loin qu'Istanbul, vous trouvez certains pays qui sont membres de l'Union Européenne. Donc ce n'est pas la géographie la question, ce qui est important, c'est les valeurs, ce qui est important c'est la démocratie, ce qui est important c'est les droits de l'homme et l'économie libre de marché, ce sont ces valeurs là. J'aimerais vous rappeler aussi que la Turquie est membre fondateur du Conseil de l'Europe en 1949 et la Turquie est membre fondateur de la Cour Européenne des droits de l'homme, ses décisions sont valables en France, en Allemagne, en Angleterre. La Turquie est membre fondateur de ce Tribunal et elle a des juges depuis la fondation de ce tribunal. La Turquie est membre de toutes les institutions européennes, elle est membre fondateur de la culture jusqu'au sport.

BRUNO DAROUX: Après tous ce que vous venez de dire, Monsieur le président. Est-ce que vous estimez finalement que vous êtes en quelque sorte mal traité par la France et l'Allemagne ? Notamment actuellement, vous avez dit je crois que « Paris et Berlin manquaient d'ambitions », est-ce que c'est vraiment votre sentiment ?

ABDULLAH GÜL: Ça c'est une situation conjoncturelle. Bien sûre chaque pays, dans les pays démocratiques en tous cas, il y a des élections démocratiques, il y a le pluralisme, et dans le cadre de ce pluralisme il y a des parties qui arrivent au gouvernement, ça vient, ça part. Il y a quelques années, il y avait des pouvoirs politiques beaucoup plus proches de la Turquie. Aujourd'hui, il peut y avoir des politiques qui ont plus d'hésitations, mais dans les relations bilatérales, dans nos entretiens tous nos interlocuteurs connaissent les valeurs de la Turquie. Et moi je répète ce que j'ai dit, ce n'est pas la Turquie d'aujourd'hui qui va être membre de l'Union Européenne, ce n'est pas ce que nous disons, les normes de la Turquie devront s'élever au niveau de celles de l'Europe et c'est à ce moment là qu'on doit être membre et à ce moment là, on posera à nouveau la question.

BRUNO DAROUX : Ce n'est pas non plus la France et l'Allemagne d'aujourd'hui qui vont décider, c'est ça votre message ?

ABDULLAH GÜL: Mais bien entendu, bien entendu, la France d'aujourd'hui ou l'Allemagne d'aujourd'hui ne vont pas décider non plus, ce n'est non plus la Turquie d'aujourd'hui qui va décider. Mais, ce qui est important, c'est que bien entendu, la continuité est importante, le respect des signatures apposées est importante et il ne faut pas perdre l'approche stratégique, surtout pour l'Europe c'est très important. La Turquie en commençant les négociations d'adhésions ne l'a pas commencé du jour au lendemain, il y a tout un passé derrière cela, un passé juridique derrière cela. Et par ailleurs, on a fait beaucoup de travaux à l'époque, on a parlé des relations stratégiques et des rapports qui ont été rédigés et finalement la Turquie a accompli les conditions nécessaires pour commencer les négociations, qui étaient par exemple : d'avoir assuré les critères politique de Copenhague à un niveau suffisant et d'avoir une économie de marché libre qui soit fonctionnelle. Ça c'était les conditions. C'est parce que la Turquie remplissait ces conditions là, qu'elle a pu commencer les négociations d'adhésions. Donc, par conséquent, maintenant la Turquie est dans un processus de transformation et je pense que tout le monde doit soutenir ce processus de transformation, vous pouvez dire « non » à la fin ou vous pouvez dire « oui ». Mais, une Turquie forte, une Turquie démocratiquement forte, une Turquie économiquement forte, étant à l'intérêt à la fois celle de la France, de l'Allemagne et de l'ensemble de l'Europe, il ne faut pas oublier cela. Quand la Turquie va être membre de l'Union Européenne, elle va agrandir le gâteau actuel, elle ne sera pas un pays qui va prendre la part de gâteau qui existe déjà, elle va agrandir ce gâteau et si la Turquie n'agrandit pas le gâteau, alors ce jour là bien sûre le peuple français dira non, c'est clair et nous accepterons cela avec respect.

XAIVER LAMBRECHTS: Question de Nicolas Boursier.

NICOLAS BOURSIER: Je dois dire que j'entends quelque chose de très qui n'aurait … j'ai souvenir de Copenhague en 2002 où vous aviez une fougue incroyable sur l'Europe, vous aviez des mots très forts, vous travailliez avec Recep Tayip Erdoğan, vous étiez vraiment à la porte de quelque chose. Aujourd'hui, on le sent un petit moins, vous ne parlez pas des sujets qui fâche ! Qu'est-ce qui c'est passé en 6 ans, 7 ans ?

ABDULLAH GÜL: Je ne sais pas, si vous suivez la Turquie de près, vous verrez une Turquie et un changement extrêmement dynamique, incroyable, un changement incroyable, des débats et tous ce développe dans le sens positif. Depuis cette époque les normes démocratiques de la Turquie se sont élevées à un niveau inimaginable. Si non on n'avait pas pu commencer les négociations d'adhésions, si on n'aurait pas remplis les critères d'adhésions de Copenhague. Parce que ça c'était un seuil à dépasser, mais depuis même 2005, il y a eu un débat dynamique et extraordinaire en Turquie, des choses qui 2 ans, 3 ans, 4 ans étaient interdites, font parties aujourd'hui de la vie quotidienne. Tout le monde est beaucoup plus heureux, au niveau économique de même la Turquie est aujourd'hui la 6ème économie de l'Europe, nous avons 1 trillions de dollars de PIB, selon nos parités de dépenses, nous avons un dynamisme incroyable en Turquie aujourd'hui, les investissements même pendant la crise l'année dernière, nous avons eu 20 milliards de dollars d'investissement étranger en Turquie, en pleine crise. Donc, il y a beaucoup de chose qui se passe en Turquie, donc quelque soit l'angle sur lequel vous regardez, je pense que cela doit être suivi de près.

XAIVER LAMBRECHTS: Monsieur le Président, une question sur la question arménienne qui complique considérablement les relations entre la France en particulier et la Turquie. Alors, il y a des avancées considérables sur ce dossier, puisque bientôt il y aura, après l'accord que vous avez signé, la reprise des relations diplomatiques entre la Turquie et l'Arménie, mais sur la question du génocide contre le peuple arménien, est-ce que la Turquie n'est pas prête a reconnaître ce génocide, Monsieur le Président ?

ABDULLAH GÜL: Nous sommes très ouverts sur ce sujet, s'il y a une telle allégation, nous ne l'acceptons pas. Par ailleurs, qui va décider ? Vous si vous n'êtes pas historien, si vous n'êtes pas scientifique, où est-ce que ça c'est passé ? Qui a fait quoi ? Qui a raison ? Sous quelle condition cela c'est déroulé ? Si vous n'avez pas suffisamment d'information là-dessus, vous pouvez être journaliste, vous pouvez être homme politique, ou alors vous pouvez être un citoyen, une personne quelconque, mais vous n'avez pas de spécialité dans ce domaine, comment vous allez décider ? En fonction de quoi ? La Turquie d'une façon trop courageuse a fait la chose suivante : « venez, créons un comité et dans ce comité les scientifiques turcs et arméniens, les historiens turcs et arméniens y participent et si vous le souhaitez, un pays tiers, la France par exemple, pourrait aussi y participer, nous l'avons déclaré cela ! »

XAIVER LAMBRECHTS: Ce n'est plus un sujet tabou ?

ABDULLAH GÜL: Nous allons ouvrir toutes nos archives et finalement nous accepterons les conclusions de cette commission.

XAIVER LAMBRECHTS: Ce n'est plus un sujet tabou aujourd'hui en Turquie ?

ABDULLAH GÜL: Vous savez, il n'y a plus aucun tabou en Turquie, même les idées les plus extrêmes peuvent être débattues, peuvent être écrites, si vous pensez à la Turquie d'il y a 10 ou 20 ans, « oui ». Mais vous vous tromperez, aujourd'hui dans la Turquie d'aujourd'hui, même les idées les plus extrêmes peuvent être débattues ouvertement, à condition qu'il n'y a pas de la violence derrière, tout le monde peut dire tout, y a des gens qui peuvent être d'accord avec cette idée en Turquie. Mais nous, nous voulons que les historiens qui connaissent les conditions de la première guerre mondiale puissent en parler. Et ça, l'opposition et le pouvoir dans l'assemblée nationale ont fait cette proposition en toute collaboration, c'est notre confiance en nous. Mais je pense que, il faut dépasser tous cela, il y a maintenant une nouvelle période qui commence. Et dans cette nouvelle période, c'est la période de la paix, de la stabilité, de la confiance, de la sécurité, de la coopération, c'est ces concepts qui vont être à l'avant de la scène et j'espère que cette période pourra s'achever avec succès.

XAIVER LAMBRECHTS: Merci monsieur le Président ! Une petite pause on se retrouve tout de suite après…
(Suite 2ème partie)

2ème partie de l'émission Internationales, avec le Président Abdullah Gül donc, depuis l'ambassade de Turquie en France. Alors, Monsieur le Président, si vous me le permettez, une question sur la minorité turque en Turquie, elle représente environ 20% de la population en Turquie. Quelle est votre marge de manœuvre ? Qu'est-ce que vous pouvez concéder aux kurdes, sans mécontenter l'armée, ce que vous appelez vous-même, « l'état profond », pas question par exemple de reconnaître l'identité kurde, dans la constitution turque ?

ABDULLAH GÜL: Avant tout, j'aimerai dire que en Turquie, il n'y a pas de statut de minorité, pour cela, tout le monde en Turquie, tous les citoyens de la République de Turquie, que ce soit au niveau des différences religieuses ou ethniques, tout le monde en Turquie a les même droits constitutionnels, tout le monde peut être président de la république, 1er ministre, ministre et peut profiter au niveau égal de tous les droits. Donc, de ce point de vue là, nous n'avons pas de statut de minorité. Ce n'est pas cela qui est en question à ce stade. Il est bien entendu que dans une grande Turquie, il y a des identités différentes, il y a des différences sociologiques, culturelles. Quand vous demandez l'identité ethnique des personnes, ils vous diront que c'est « différent ». Dans ce sens là, nous avons des citoyens qui disent qu'ils sont éthiquement Kurdes, il y a en a beaucoup. Et ces citoyens là sont, je ne sais pas, je crois qu'ils ont plus d'une centaine de député au parlement, ils sont présents dans les cabinets des ministres, ils ont déjà été 1er ministre, ministre et président de la république, et ça continu encore, ils sont présents dans les principaux ministères. Nous n'avons pas de discrimination ethnique à ce niveau là. Tout le monde est citoyen de la République de Turquie et tout le monde a les mêmes droits. Les normes démocratiques en Turquie avaient des lacunes et en raison de ces lacunes certains problèmes culturels et sociologiques apparaissaient et ça ne sert à rien de les cacher. Par exemple, il n'y avait que des télévisions en turque qui étaient autorisées. Mais dans la mesure où nous avons des citoyens qui parlent la langue kurde, nous avons dit : « pourquoi est-ce qu'il ne doit pas y avoir aussi, des télévisions en kurde ? » Et maintenant, désormais, il y a aussi des émissions de télévision en kurde, en Turquie. Ce genre de choses sont des sujets qui sont liés aux normes démocratiques et là y a des changements tout à fait incroyables qui se déroulent et je dois dire très ouvertement, j'en suis très heureux de ces changements là et bien sûre y a encore des choses que l'on peut faire pour élever les normes démocratiques en général et ça surtout dans la dernière période, cela se débat de façon très vif en Turquie, mais en Turquie… créer une politique différente en fonction des religions, des ethnies, des sociologies, créer des institutions différentes, çe pense que notre constitution ne l'accepte pas et moi je pense que ça ne saurait pas correcte d'aller dans ce sens là. Ce qui est important c'est la démocratie et c'est le fait que la constitution turque respecte le principe de l'état de droit démocratique et laïc.

XAIVER LAMBRECHTS: Nicolas Boursier.

NICOLAS BOURSIER : Votre parti est au pouvoir depuis 2002 et on a l'impression que c'est la visite de Barack Obama au mois d'avril qui a accéléré les choses sur la question krde. Il a serré la main à Ahmet Türk, dirigeant du parti Kurde légal. Comment vous expliquez ça, pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour qu'Erdoğan lui-même, serre la main d'Ahmet Türk et pour que vous ouvrez ces questions, cette solution kude, cette réflexion krde qui est en cours depuis le mois de septembre ?

ABDULLAH GÜL: D'abord je voudrais vous dire que ça n'a rien à avoir avec la visite de Barack Obama en Turquie, tous ces sujets, absolument pas. Ni Barack Obama, ni un autre leader, ne nous a dit quoi que ce soit là-dessus et je ne l'accepterai jamais que l'on nous dise quelque chose là-dessus. Ce sont des problèmes internes de la Turquie et chaque pays règle ces propres problèmes par lui-même. Par ailleurs, le parti dont vous parlez, le parti démocratique de la société est un parti de la Turquie, mais ce parti ne représente pas tous les citoyens en Turquie, qui se disent « Kurde ». Le parti qui est au pouvoir, le AK Parti a aussi des députés qui se disent « Kurdes » et qui sont très nombreux. Il y a des ministres aujourd'hui aux cabinets des ministres,y compris dans les ministères les plus importants. Donc, qu'est-ce qu'il va se passer alors, mais bon. Monsieur Erdoğan et nous tous bien sûre, nous prenons très au sérieux la question du terrorisme en Turquie. N'oublions pas qu'il y a une organisation terroriste qui s'appelle le PKK en Turquie et le 1er Ministre a demandé à tous le monde de mettre de côté le terrorisme et de prendre une attitude ferme contre le terrorisme. C'est ce qu'il a toujours demandé, Monsieur le 1er Ministre a déjà rencontré Monsieur Turk, avant aussi, auparavant aussi, mais ils se sont revus, il y avait une demande de rendez-vous qu'il a accepté et ils se sont rencontrés. Donc, ce n'est pas la première fois qu'ils se serrent la main. Moi, en tant que Président de la République, j'ai déjà invité tous les présidents des parties et j'ai aussi invité Monsieur Türk bien entendu et nous nous sommes vus et ils se sont vus, ils se sont parlés.

BRUNO DAROUX: Monsieur le Président, donc vous approuvez complètement la décision du parlement turque qui a eu lieu, il y a quelques jours, qui a décidé de renouveler pour un an, l'autorisation pour l'armée turque d'intervenir en territoire irakien, contre les rebelles du PKK ?

ABDULLAH GÜL: Bien entendu je suis d'accord, je suis d'accord parce que si l'Irak était suffisamment puissante, forte, pour pouvoir contrôler ses propres frontières et si elle n'autorisait pas les activités terroristes sur son territoire, contre un pays voisin. Si les gens qui ne sont pas citoyens irakiens, si elle pouvait expulser les gens qui ne sont pas des citoyens irakiens et qui ont des activités armées sur son territoire, on n'aurait pas eu besoin de faire cela. Mais imaginez vous, qu'un pays voisin de la France a une organisation terroriste, qu'il y a des armes … (couper)

BRUNO DAROUX: Donc, vous accusez toujours l'Irak ?

ABDULLAH GÜL : Et qu'il y a des attaques armées, qui ont attaqué la France à partir de ce pays voisin, qu'est-ce que ferait la France, par rapport à cela ?

BRUNO DAROUX : Donc, vous accusez l'Irak de ne pas faire le maximum pour lutter contre la rébellion Kurde, à l'intérieur au Nord de son territoire !

ABDULLAH GÜL: Non, il n'y a pas de rébellion kurde en Irak, il y a … (couper)

BRUNO DAROUX: Le PKK a des bases arrière.

ABDULLAH GÜL: Il y a, à l'intérieur des frontières de l'Irak des personnes qui ne sont pas citoyens irakiens et il y a des groupes terroristes armés et vont attaquer d'autres pays à partir du sol irakien, c'est ça. Et ça, il faut que l'Irak ne l'autorise pas, mais l'Irak n'a pas suffiseent de force pour le faire. Et ça, je le dis ouvertement aujourd'hui, pourquoi ? Parce que, vous savez quels sont les problèmes que traverse l'Irak depuis un certain temps, ils ne sont pas en mesure de prendre suffisemment de mesure pour contrôler toutes leurs frontières. Mais quel pays pourrait laisser quelques milliers de personnes armées qui ne sont pas leurs propres citoyens et qui attaquent d'autres pays ? Quel pays autoriserait cela ? Est-ce que cela est imaginable ? Donc, bien sûre que dans ce sens là, on est obligé de prendre ce genre de décision.

XAIVER LAMBRECHTS: Monsieur le Président, je vous propose de faire une sorte de zoom arrière sur la région, on va voir que l'image de la Turquie dans ce grand Moyen Orient est en train de changer, vous avez une activité diplomatique ces derniers temps très active, entre autre au G20, mais aussi au proche Orient et au Moyen Orient. Et c'est ce que va nous rappeler d'ailleurs ce récit que je vous propose de suivre avec nous Carine Henri.

CARINE HENRI : Soudain, il n'est plus question de temps ni de courtoisie, l'homme monte la voix, conteste, rassemble ses affaires et quitte bruyamment le forum économique de Davos. Cet homme, c'est Recep Tayip Erdoğan première ministre Turc est furieux de ne n'avoir pas été informé par son homologue israélien, de l'offensive sur le Gazza ue lui-même, se démène pour favoriser le dialogue. Ce coup de colère prouve une chose, sur l'échiquier internationale Ankara ne veut plus être un pion, mais une pièce reine. En avril dernier, on retrouve la Turquie au sommet du G20, à celui de l'OTAN. Elle organise ce même mois, le forum de « l'Alliance des Civilisations », après avoir accueilli le 5ème Forum Mondiale de l'eau. Le pays est en marche accéléré. C'est en tout cas l'image qu'il veut imposer. La diplomatie turque est au cœur des dossiers internationaux les plus délicats. Ankara œuvre depuis des mois pour lancer les relations entre la Syrie et l'Israël, relations gelées depuis 2000, sur le retrait israélien du plateau de Golan. A Damas, en septembre 2008, au sommet quadripartite, qui réunit la Syrie, le Katar et la France, la Turquie est encore là. La réunion porte sur les négociations indirectes entre la Syrie et l'Israël. Le Président Nicolas Sarkozy salut l'action turque.

NICOLAS SARKOZY: C'est la volonté qui permet de travailler pour la paix. Voilà pourquoi, j'étais heureux de participer à ce sommet, avec des hommes, qui chacun leurs manières, en fonction de leurs histoires, leurs pays, essayent de construire la paix.

CARINE HENRI: En somme, Ankara devient un hyper médiateur, même auprès de l'Iran, son encombrant voisin. En pleine crise nucléaire, les responsables turcs défendent une solution diplomatique. Ils redoutent par dessus tout, des dérapages militaires et puis ils ont ausss l'Iran d'importants contrats d'hydrocarbures. Ankara voit son or agrandir dans la région, Barack Obama l'a bien compris. Peu de temps après son élection, le Président américain est en voyage officiel en Turquie. En avril 2009, il vient négocier l'utilisation de base militaire. Membre de l'OTAN depuis 1952, Ankara a longtemps été considéré comme le porte avion des Etats-Unis. Mais ce temps là est bien fini. Le pays n'est pas du genre à se plier aux ordres de Washington. Désormais, Barack Obama lui reconnaît un rôle irremplaçable.

BARACK OBAMA: Nous cherchons un engagement sincère, basé sur des intérêts et du respect réciproques. Nous écouterons soigneusement, nous surmonterons les malentendus et chercherons un terrain d'entente. Nous serons respectueux même quand nous ne serons pas d'accord.

CARINE HENRI : Rapprochement, un principe qui vaut aussi pour les dossiers kurdes et arméniens. Ankara doit pacifier la situation, si un jour elle espère rejoindre l'Union Européenne. La Turquie reste l'image d'un pont entre l'Occident et l'Orient. Ces derniers temps, elle a montré qu'elle était un agent de liaison incontournable.

XAIVER LAMBRECHTS: Alors Monsieur le Président, on l'a vu dans ce sujet, une activité diplomatique intense pour la Turquie. J'ai envie de commencer par le Proche Orient ; où en sont vos efforts de médiation entre l'Israël et la Syrie ? On sait que cette relation est sans doute une des clefs de la paix au Proche-Orient.

ABDULLAH GÜL: J'aimerais dire d'abord que la Turquie veut contribuer à la solution des problèmes dans la région. Nous faisons beaucoup d'efforts, en particulier durant les 6-7 dernières années, nous avons vraiment fait beaucoup d'efforts. Nous voulons agir de façon constructif. Nous avons des relations avec tout le monde, mais nous voulons vraiment être constructif. C'est pour ça que nous utilisons toute notre force. Alors entre l'Israël et la Syrie, ces relations sont importantes bien sûre. Là dessus il y a eu beaucoup d'entretiens, cinq tours d'entretiens et juste au moment que nous devions passer aux négociations directes, il y a eu une interruption, comme vous le savez mais, ça ne veut pas dire que c'est totalement gelée, c'est gelée pour le moment, donc j'espère ça reprendra. Tout le monde au Moyen Orient devrait pouvoir montrer sa capacité de se parler, qu'on peut continuer et poursuivre là où ça été suspendu. Ce ne sont pas uniquement les problèmes du Moyen Orient, ce sont les problèmes du monde entier. Lorsqu'il se passe quelque chose dans la bande de Gazza ou en Israël, cela a des influences sur le monde entier. C'est pour ça que tous les pays concernés doivent d'une façon constructive, utiliser leurs forces pour résoudre ces problèmes. Et la Turquie dans ce sens là, aussi bien entre la Syrie et l'Israël, que ce qui se passe au Liban ou en Irak de même alors l'Iran. La Turquie essaye d'approcher, de résoudre des problèmes par voie diplomatique et de façon constructive et d'ailleurs cela correspond à la politique de voisinage de l'Union Européenne d'ailleurs. Nous essayons en faite de répandre dans tout notre entourage le « soft power » de l'Europe, de l'Union Européenne. C'est ça notre politique en faite et donc je pense que les pays de la région ont bien compris cela.

BRUNO DAROUX: Monsieur le Président, concernant l'Iran, est-ce que c'est parce que votre pays comme le rappelait le sujet, a signé des contrats importants d'hydrocarbures, que vous êtes opposé à l'adoption de sanction économique contre Téhéran ?

ABDULLAH GÜL: Par rapport aux hydrocarbures, nous n'avons pas d'accord extrêmement important. Nous avons juste le gaz naturel que nous achetons à l'Iran. Mais ça, ce n'est pas tout notre besoin en gaz.

BRUNO DAROUX: Donc, votre opposition aux sanctions économiques est de nature politique ?

ABDULLAH GÜL: Non, en fait l'Iran c'est un pays voisin, nous accordons beaucoup d'importance à l'Iran. L'Iran est l'un des pays les plus importants du Moyen Orient. Aussi bien de par sa population, par sa force, par sa profondeur culturelle. Il y a un grand dynamisme en Iran et quand vous êtes voisin d'un tel pays, vous accordez beaucoup d'importance à ce que vos relations soient bonnes. Avec les guerres, on ne résout pas les problèmes et vous voyez ce qui arrive quand on essaie de régler les problèmes par la guerre. Si on avait pu régler le problème de l'Irak sans faire la guerre, ça aurait été mieux, mais vous voyez toutes les souffrances qui sont vécu là bas…

BRUNO DAROUX: Je parle des sanctions, des sanctions économiques…

ABDULLAH GÜL: La Turquie respecte toutes les sanctions qui ont été décidées par les Nations-Unis.

BRUNO DAROUX: De nouvelles sanctions sont envisagées, apparemment votre pays n'est pas favorable à l'adoption de nouvelles sanctions économiques contre Téhéran.

ABDULLAH GÜL: La Turquie a, je le répète, appliqué toutes les décisions du Conseil de Sécurité des Nations Unis, qu'elle soit d'accord avec ou pas, elle les a toujours appliqué. Mais bien entendu, si à l'avenir il y a de nouvelles décisions, on les appliquera, mais ceux à quoi la Turquie accorde de AAl'importance, c'est la chose suivante : il ne faut pas résoudre les problèmes par les armes, par l'affrontement, par se battre. Ce n'est pas facile de résoudre les problèmes comme ça. Ils deviendront encore plus inextricables par ces méthodes là et surtout si vous êtes voisin, alors bien sûre vous voulez qu'on utilise encore plus la diplomatie et le dialogue, qui a plus d'importance et j'aimerai le dire très ouvertement. En tant que Turquie, nous sommes contre les armes nucléaires dans notre région, depuis que ce soit et nous voulons que toute la région du Moyen Orient soit débarrassée des armes nucléaires dans son ensemble. C'est ce que nous souhaitons et nous soutenons cela. Mais les affrontements armées, les approches de méthodes armées pour résoudre les problèmes, nous pensons que ce n'est pas facile et que ça ne doit pas être des voies choisies. C'est la diplomatie et le dialogue qui doit primer et ça nous le disons de façon très courageuse et ouverte.

XAIVER LAMBRECHTS: Vous venez de parler vous-même du nucléaire, à propos du nucléaire iranien, est-ce que vous pensez que l'Iran possèdera bientôt dans un avenir prévisible 2 ou 3 ans l'arme nucléaire ?

ABDULLAH GÜL: Je ne peux rien dire pour le moment, ça c'est l'Agence Energie Atomique Internationale qui pourra le dire.

XAIVER LAMBRECHTS: Votre conviction ?

ABDULLAH GÜL: L'Iran est membre de cette agence et il y a deux facettes disons, il y a des responsabilités et aussi des avantages. L'avantage c'est que vous profitez de ces … et votre responsabilité, vous êtes transparent aux contrôles, donc je pense que de ce point de vue là, je pense que les tous derniers développements sont tout à fait positifs. Parce que l'Iran a accepté d'ouvrir ses frontières aux nouveaux contrôles de l'Energie Atomique Internationale. Elle ne va pas entraver ces contrôles. Ça je le souligne, c'est important. Et donc, c'est par en fonction de ce qui nous dirons, que nous pourrons agir. Donc sinon, si on agit comme lors de la guerre d'Irak, on risque de faire beaucoup d'erreur. Parce que avant la guerre en Irak, il y a eu des déclarations en disant que l'Irak est sur le point d'attendre l'arme nucléaire etc… et après on a vu que ce n'était que de la propagande.

XAIVER LAMBRECHTS: Est-ce que vous redoutez par exemple une attaque préventive israélienne sur les installations nucléaires iraniennes ? Est-ce que vous redoutez cette attaque ?

ABDULLAH GÜL: Si cela arrivait ça serait une très grande erreur et on sera dans une situation inextricable. Le problème atteindra des dimensions inextricables et je pense qu'il ne faut pas faire ce genre d'erreur. Je le dis très ouvertement.

NICOLAS BOURSIER: Le 1er novembre en parlant de l'Afghanistan, vous allez prendre la tête de l'ISAF. Est-ce que l'OTAN ou les Etats-Unis vous ont demandé d'augmenter vos troupes sur place ?

ABDULLAH GÜL: Vous savez, nous sommes le tous premier pays qui avait prit en charge tout seul le commandement de l'ISAF. Ensuite nous l'avons reprit une seconde fois et maintenant ce sera une troisième fois que nous allons être aux commandements. Nous augmentons notre effectif en Afghanistan, nous augmentons nos moyens en Afghanistan et nous l'avons fait bien avant même que les Etats-Unis nous le demande. Mais nous ne voulons pas avoir des troupes combattantes sur place. Nous voulons que nos soldats sur place ne soient pas des troupes combattantes, mais qu'ils préparent l'armée, qu'ils forment l'armée afghane et qu'ils assurent la sécurité. C'est ce genre de tâche que nous prenons et c'est ça la tâche d'ailleurs de l'ISAF que vous savez. Donc, c'est une coalition internationale et c'est ça sa tâche.

NICOLAS BOURSIER: Vos hommes se résument à 700 gendarmes ?

ABDULLAH GÜL: A peu près 1000. Parfois un peu moins, parfois un peu plus, parfois c'est 800, parfois c'est 900, ça augmente ; mais notre présence sur place, nous l'augmentons. Mais notre présence sur place ne se limite pas à une présence militaire et j'aimerai aussi vous le dire ; en Afghanistan, ce n'est pas en augmentant uniquement le nombre de soldat, que nous ferons une bonne politique.

XAIVER LAMBRECHTS:
Justement Monsieur le Président, en ce moment le Président Obama hésite à envoyer des renforts en Afghanistan, c'est une des questions les plus importantes sur son agenda politique. Quelle est selon vous la bonne manière, la bonne méthode, pour vaincre les Talibans en Afghanistan ?

ABDULLAH GÜL: Ecoutez, les Etats-Unis avant tout et beaucoup de pays ont dépensé beaucoup d'énergie en Afghanistan, de l'énergie en termes d'argents, de soldats, d'armes. On ne peut pas l'ignorer. Mais ce n'est pas uniquement avec des forces militaires, avec des armes, qu'on pourra réussir à résoudre le problème. Moi, j'ai été Ministre des Affaires Etrangères pendant 5 ans et je connais tous l'Afghanistan, j'ai visité tous l'Afghanistan, j'ai visité tout Kabul, tout les quartiers de Kabul. Ils allaient juste voir le Président Karzai et retournaient. Moi, je suis l'un de ceux qui a fait vraiment tout le tour de l'Afghanistan. Notre Ministre des Affaires Etrangères Actuels aussi et le précédent. Je le dis pourquoi ? Parce que nous connaissons les réalités de ce pays. Ce n'est pas uniquement avec des armes, avec la force militaire qu'on peut résoudre ce problème. A la place de cela, il faut essayer de gagner le cœur du peuple afghan. Il faut répondre à leurs besoins, il faut faire des dépenses qui puissent faire face à leurs besoins. J'ai visité tout Kabul, vous ai-je dis, j'ai vu, toutes les rues de Kabul sont dans la boue. Alors on dépense autant d'argent pour les armes, mais pourquoi est-ce que l'on ne pourrait pas goudronner les rues de Kabul, pour que les quelques millions de personnes qui vivent là soient gagnées. Nous, en tant que Turquie nous le faisons. Ecoutez, ça je le dis souvent dans les réunions de l'OTAN, mais personne ne m'a répondu. Alors, là dessus en tant que Turquie, nous avons dépensé 100 milliards de dollars et nous sommes en train d'asphalter, de goudronner toutes les rues de Kabul. Mais les gens qui sont là bas, ils produisent de l'opium. On leurs dit qu'il ne faut pas produire de l'opium pur. C'est très bien, mais on n'aboutira pas à une solution. Parce qu'il faut que ces gens là puissent gagner de l'argent, il faut leurs donner une alternative pour pouvoir gagner de l'argent.

XAIVER LAMBRECHTS: Bruno Daroux, il nous reste trois minutes.

BRUNO DAROUX: Très bien, très brièvement. Le Président Obama en ce moment est en train de réfléchir sur sa stratégie en Afghanistan, donc si vous l'aviez en face de vous, vous lui diriez, « Barack n'augmente pas tes troupes en Afghanistan, c'est la mauvaise solution » ?

ABDULLAH GÜL: Avec le Président Obama, lorsqu'il est venu en Turquie, nous avons abordé ce sujet de façon très large. On n'a pas parlé que des relations Turco-Américaine, on a parlé de l'Afghanistan, du Moyen Orient, ont a débattu tous les problèmes et là j'ai dit mon opinion, aussi ouvertement que je vous l'ai dit tout à l'heure. Il faut une politique plus intelligente là bas. Alors bien sûre, il faut une force militaire importante et puissante, mais ce qui est important, il faut surtout former l'armée afghan. Les généraux de l'armée afghan nous disent : « pourquoi est-ce que vous allez sacrifier vos propres enfants, formez nous pour que nous fassions le travail ». Donc, il y a encore beaucoup de chose différente qu'on peut faire là bas sur place. Mais bien sûre, c'est une décision difficile pour le Président Obama.

XAIVER LAMBRECHTS: Monsieur le Président, ça serait le mot de la fin, on a vu dans le sujet, qu'on comparait la Turquie à un pont entre l'occident et l'orient, le monde Chrétien et le monde Musulman. Est-ce que vous croyez à ce que l'on appelle le choc des civilisations ou vous pensez que c'est un fantasme ou une réalité ?

ABDULLAH GÜL: Si on est réaliste, on voit le développement dans la technologie, les libertés de voyager, la mobilité des populations. Cela pousse les différentes cultures, les différentes religions à ce rencontrer et à faire connaissance, alors parfois ça créé aussi des affrontements, des chocs parfois. Mais c'est pour ça que justement ces différentes cultures devraient pouvoir se comprendre, devraient pouvoir mieux s'entendre, devraient pouvoir cohabiter, vivre ensemble. Il faut créer les conditions pour que l'on puisse vivre ensemble, il faut expliquer ça, il faut travailler dans ce sens. Et je crois que c'est ça qui est juste et c'est ça qui est utile. N'oublions pas quand même, que dans le monde, il n'y a pas qu'une seule conception, une seule religion, une seule ethnie, une seule langue, une seule culture. Si non le monde serait très terne sans aucune couleur. Il y a beaucoup de couleurs dans le monde, il faut que toutes ces couleurs puissent vivre ensemble, il faut qu'elles se respectent. Il faut créer cette atmosphère là. Et j'en suis sincèrement convaincu et dans ce sens là, la Turquie en effet jouera un rôle important et je le vois ça et c'est ce que nous essayons de faire.

XAIVER LAMBRECHTS: Ce sera cette note optimiste qui sera le mot de la fin. Merci, merci beaucoup de nous avoir accueilli ici à l'ambassade de Turquie en France. Merci d'avoir participé à cette émission et merci d'avoir répondu à nos questions avec beaucoup de franchise. Merci à vous deux et puis merci à vous de nous avoir suivi et à dimanche prochain pour un nouveau numéro d'Internationale. Au revoir.
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